Programme EPR-2 : une accumulation de risques industriels et financiers

Programme EPR-2 : une accumulation de risques industriels et financiers

Le programme EPR-2 soulève de nombreuses interrogations. Alors que les plans détaillés des futurs réacteurs ne sont toujours pas finalisés, le coût prévisionnel du projet a déjà fortement augmenté. En seulement trois ans, l’estimation pour six réacteurs est passée de 52 milliards d’euros à 73 milliards d’euros, soit une hausse proche de 40 %.
Dans le même temps, la mise en service du premier EPR-2 a été repoussée de deux ans.

Cette évolution rapide interroge la solidité des hypothèses initiales. Elle questionne aussi la capacité du programme à tenir ses engagements industriels, financiers et climatiques.


Un programme validé sur des bases économiques désormais obsolètes

Le programme EPR-2 a été présenté au public dans le cadre de la procédure de Débat Public. À cette occasion, EDF a avancé un coût prévisionnel de 52 milliards d’euros pour six réacteurs. Sur cette base, les pouvoirs publics ont pris des décisions engageantes pour la suite du projet.

Or, trois ans plus tard, cette estimation ne tient plus. Aucun événement majeur, comme une crise sanitaire ou une flambée exceptionnelle des prix des matériaux, ne justifie une telle dérive. Pourtant, les chiffres ont été révisés à la hausse.

De plus, ces nouveaux montants reposent sur des plans encore incomplets. Les études détaillées restent en cours. Elles devront ensuite obtenir la validation de l’Autorité de sûreté nucléaire. Chacune de ces étapes peut générer de nouveaux surcoûts.


Des choix techniques nouveaux, porteurs d’incertitudes

L’EPR-2 ne constitue pas une simple répétition du modèle EPR. Il intègre plusieurs évolutions techniques majeures. Parmi elles figurent une enceinte de confinement à simple paroi et une réduction du nombre de systèmes de refroidissement d’urgence.

Ces choix visent à simplifier la construction et la maintenance. Toutefois, toute innovation industrielle comporte des risques. Des incertitudes techniques, organisationnelles et économiques subsistent. Elles concernent notamment la phase de réalisation.

À ce stade, aucun prototype d’EPR-2 n’a été construit. Les estimations actuelles reposent donc sur des hypothèses théoriques. Aucun retour d’expérience concret ne permet encore de les valider.


Le retour d’expérience des EPR existants appelle à la prudence

L’historique de la filière EPR montre des dérives répétées. Dès les trois premières années, le coût de l’EPR de Flamanville a augmenté de près de 50 %, passant de 3,3 à 5 milliards d’euros. Pourtant, deux EPR fonctionnaient déjà en Chine à cette époque.

Malgré ces retours d’expérience, Flamanville a atteint un coût final de 23,7 milliards d’euros. Le chantier a aussi accumulé douze années de retard.

La situation n’est guère différente au Royaume-Uni. Les deux EPR d’Hinkley Point, décidés en 2016, dépassent désormais 50 milliards d’euros. Ils correspondent pourtant aux cinquième et sixième exemplaires de la filière. Après près de 18 années de fonctionnement cumulées, l’effet de série attendu ne se matérialise toujours pas.


Un pari risqué face à l’urgence climatique

Dans ce contexte, croire à un coût maîtrisé de 73 milliards d’euros pour six EPR-2 relève d’un pari majeur. Miser sur une production des premiers mégawattheures dès 2038 apparaît tout aussi incertain.

Surtout, le programme EPR-2 ne répond pas à l’urgence climatique actuelle. La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit intervenir dès maintenant. Or, ces réacteurs n’apporteront aucune contribution significative avant la fin des années 2030.

D’autres solutions bas-carbone existent déjà. L’éolien, le solaire, la sobriété énergétique et l’efficacité énergétique offrent des réponses rapides, moins coûteuses et moins risquées.
Chez ELEKTRON-VERT, nous défendons une stratégie énergétique fondée sur ces leviers éprouvés.


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