L’État, EDF et l’illusion de la séparation des pouvoirs

L’État et la séparation des pouvoirs…

Depuis 2018 et l’affaire du site du Tricastin, révélée par un haut cadre de la centrale en 2021 à grand renfort de tapage médiatique, la véritable priorité d’EDF n’a pas été la sûreté nucléaire mais la chasse à l’homme. Cette affaire a été relayée dans Le Monde et Mediapart, non par un intérêt sincère pour le fond, mais parce que l’avocat de ce « HUGO » disposait de relais médiatiques et politiques suffisants, notamment auprès de certains députés, pour provoquer un « buzz » salvateur. Ce bruit médiatique a permis de sauver son client, qui est toujours en poste à EDF et bénéficie d’une protection manifeste de l’employeur qu’il dénonçait pourtant publiquement : EDF.

Il reconnaît d’ailleurs lui-même dans la presse avoir participé au harcèlement du « petit auditeur de l’inspection nucléaire ». Dans un autre écrit, je reviendrai en détail sur cette semaine d’évaluation, sur les informations que nous avions en amont à son sujet et sur son comportement durant cette période. Ce tapage médiatique a eu deux conséquences. D’un côté, il a permis à ce harceleur autoproclamé de sauver sa situation. De l’autre, il a conduit, deux ans plus tard, au licenciement du petit inspecteur. À EDF, entre harceleurs, on s’entraide, on se protège, on se rend service.

L’information judiciaire déclenchée à l’initiative de ce même HUGO n’a fait qu’accentuer la volonté d’EDF et du directeur de la DPNT de se débarrasser de cet inspecteur devenu gênant. Force est de constater que, depuis l’ouverture de cette information judiciaire, la justice patine. À un moment donné, il n’y avait même plus de juge en charge du dossier. Voilà qui en dit long sur l’importance accordée à cette affaire après tout ce remue-ménage médiatique.

Concernant HUGO, voici ce qu’écrivait un cadre supérieur de la centrale du Tricastin dans un mail daté du 8 mars 2024 :
« Situation surprenante pour HUGO. Je pense que ses avocats ont négocié un accord avec EDF afin d’éviter un procès long, qui aurait éclaboussé l’entreprise, et lui permettre de sortir de cette situation. »

Ce fut le second acte, celui qui m’a conduit à mon licenciement, orchestré par le grand et général Cédric LEWANDOWSKI, acteur majeur de cette éviction. Lui, le patron de la DPNT, écrira un jour à un journaliste : « mes troupes ont cherché des solutions ». Voilà comment un membre éminent du COMEX d’EDF parle de ses collaborateurs : « ses troupes », comme s’il était encore sur un terrain de guerre. Comment peut-on, dans une entreprise publique, employer un tel vocabulaire pour parler de femmes et d’hommes engagés au service de la sûreté nucléaire ? Mais lorsqu’on a travaillé dans un cabinet ministériel, comme lui, plus rien ne choque. On se croit au-dessus de tout, peut-être déjà directeur de la DGSE dans sa propre tête. On peut raisonnablement en déduire l’existence de liens étroits entre le directeur de la DPNT et l’État.

Concernant l’affaire d’agression sexuelle sur le site de Chooz, sans y revenir en détail ici, un technicien a été condamné le 12 juin 2025 pour dénonciation calomnieuse. Je m’interroge encore sur le rôle qu’il a joué. Comme par hasard, il m’accuse d’agression sexuelle quinze jours seulement après que j’ai officiellement dénoncé mon harcèlement moral auprès d’EDF et de la DRH éthique et conformité. Une direction qui dépense des milliers d’euros pour des cabinets censés protéger l’entreprise et régler les problèmes « en famille ». Lorsque vous refusez ce silence imposé, comme je l’ai fait, ce sont des mesures de représailles qui s’abattent sur vous.

À cette accusation s’est ajoutée, à mon insu, celle d’être un potentiel pédophile, dissimulée par le parquet et son procureur, donc par le ministère de la Justice. Cette dissimulation m’a empêché de me défendre. Elle a laissé à EDF toute latitude pour me licencier, d’abord en 2019, puis définitivement. Ironie cruelle : ce même ministre multiplie les plaintes en diffamation dès qu’on remet en cause ses propres affaires, financées par l’argent public. Il y a là un mélange des genres manifeste, une solidarité des puissants entre eux.

À la suite de sa condamnation, Monsieur Philippe V est retourné travailler tranquillement sur le site de Chooz, passant de simple technicien « fiabilisation » à « préparateur », un poste supérieur. Aucune sanction disciplinaire sérieuse de la part d’EDF. J’en conclus donc qu’EDF pourrait lui avoir demandé de déposer plainte contre moi, plainte qui a sali ma réputation et ouvert la voie à mon licenciement pour faute grave. Et là, silence total de M. LEWANDOWSKI et de la nouvelle DRH. L’ancienne DRH, elle, a été recasée dans un poste créé sur mesure auprès du PDG d’EDF, alors même que l’entreprise prétend faire des économies. Au COMEX, l’austérité ne s’applique pas.

Un cadre supérieur m’écrira ceci :
« Cette reconnaissance de la justice, même tardive, est une bonne chose pour toi et les autres victimes. Ce qui est surprenant, c’est que côté EDF l’agresseur n’a qu’une rétrogradation. Cela aurait dû être une faute lourde, sauf s’il bénéficie d’une protection. Étonnant que la RH DPN ne sanctionne pas. »
Tout est dit.

Quand la directrice de cabinet m’écrit pour m’expliquer la séparation des pouvoirs, j’accuse l’État de laisser faire. L’État est à la fois actionnaire majoritaire, décideur sur le programme EPR et nomme le PDG d’EDF. Où est la séparation des pouvoirs ? Plus troublant encore, la présence au conseil d’administration de Monsieur Alexis Zajdenweber, représentant de l’État, rattaché au ministère de l’Économie et de l’Industrie.

J’accuse donc ouvertement l’État et son président « jupitérien » d’être acteurs de ce que j’ai subi, tout comme les premiers ministres et ministres successifs depuis 2018. Ce que je veux faire comprendre à celles et ceux qui nous lisent, c’est que vous ne représentez rien pour l’État. Il avait toute latitude pour intervenir, pour demander à EDF de se calmer. Il a préféré l’inverse, allant jusqu’à recevoir HUGO au ministère de l’Environnement, auréolé comme une victime. Belle équité. Belle justice.

J’accuse Monsieur LE CORNU de porter atteinte à ma santé, et j’accuse le ministre de la Justice d’avoir sciemment protégé un procureur qui m’a dissimulé des accusations graves afin de m’empêcher de me défendre. Il ne faut pas être un grand hiérarque pour comprendre cette logique, seulement accepter de faire travailler ses neurones. Et ces mêmes personnes viendront, fin 2026, solliciter vos voix sur les marchés. Les miennes, elles iront ailleurs, même si cela heurte mes convictions, tant ce gouvernement a écrasé et abandonné ceux qu’il considérait comme négligeables.

Profitez-en tant que vous le pouvez. Un jour, le peuple se retournera. N’oubliez jamais que si vous vivez confortablement, si vous profitez de vos fonctions, c’est avec nos impôts. À méditer, notamment pour la cheffe de cabinet de Monsieur LE CORNU, originaire de mon département, preuve supplémentaire qu’en politique nous avons affaire à des gens ordinaires qui savent surtout préserver leurs avantages au détriment des nôtres.


© Elektron-Vert