
Depuis plus de dix ans, des agents d’EDF décrivent des parcours professionnels durablement affectés. Ils évoquent des alertes ignorées, des conflits managériaux prolongés et des mises à l’écart répétées. À cela s’ajoutent des procédures disciplinaires perçues comme des représailles, ainsi que des licenciements contestés.
Ces situations ne relèvent ni de l’exagération ni du militantisme. Elles ont donné lieu à des articles de presse, à des expertises médicales et à de nombreux contentieux prud’homaux. Dans plusieurs affaires, la justice a reconnu des faits de harcèlement moral et des manquements à l’obligation de sécurité.
Quand la justice condamne l’entreprise, la contestation s’organise
Pourtant, à chaque condamnation judiciaire impliquant EDF, un même schéma se répète. Des voix s’élèvent rapidement pour relativiser les décisions rendues. Syndicats, cadres ou commentateurs favorables à l’entreprise évoquent alors des jugements « isolés » ou des salariés « fragilisés ».
Ce discours repose sur une idée implicite : EDF ne pourrait pas harceler. Dans cet imaginaire collectif, la taille de l’entreprise et son histoire primeraient sur le droit du travail. La loi deviendrait ainsi secondaire face à une supposée « culture EDF ».
Or le cadre juridique reste clair. L’obligation de sécurité s’impose à tous les employeurs. Le harcèlement moral ne disparaît pas en raison du statut d’un groupe industriel. Lorsqu’un tribunal condamne EDF, il ne s’agit pas d’une opinion, mais d’un fait juridique établi.
Condamnations pénales : un silence qui interroge
Le contraste apparaît frappant lorsqu’on observe le traitement des condamnations pénales liées à EDF ou à ses agents. Des affaires de fraude, de vols d’énergie ou de détournements de fonds ont pourtant été jugées et documentées.
Dans ces cas-là, les réactions publiques se font rares. Les tribunes indignées disparaissent. Les débats s’éteignent rapidement. Ces faits deviennent soudain des cas individuels, sans lien avec une culture d’entreprise ou un système interne.
EDF adopte alors une communication discrète. L’entreprise rappelle les règles, puis tourne la page. Cette différence de traitement pose question. Pourquoi la souffrance au travail suscite-t-elle davantage de suspicion que des délits pénaux avérés ?
Deux récits pour une même entreprise ?
Cette asymétrie révèle un rapport particulier à la vérité judiciaire. Lorsque la justice sanctionne EDF pour harcèlement moral, certains soutiens semblent refuser le verdict. À l’inverse, quand des condamnations pénales touchent des agents, la justice redevient acceptable, mais sans débat.
Ce double standard fragilise la parole des salariés en souffrance. Il banalise les risques psychosociaux et installe l’idée d’une hiérarchie des fautes. Le harcèlement deviendrait discutable, tandis que la fraude resterait un simple incident.
Pourtant, une entreprise responsable devrait appliquer la même exigence partout. Elle devrait reconnaître ses manquements, protéger ses salariés et sanctionner les dérives internes. Surtout, elle devrait accepter que nul ne se situe au-dessus du droit.
Conclusion – La loi s’applique à tous, sans exception
Dans le traitement des affaires EDF, un choix apparaît clairement. Quand la justice condamne l’entreprise pour harcèlement ou manquement à la sécurité, certains refusent le verdict. Ils agissent comme si le droit du travail devenait négociable.
À l’inverse, les condamnations pénales liées à EDF suscitent peu de réactions. Le silence domine. Ces faits se voient rapidement relégués au rang d’incidents isolés. Deux poids, deux mesures s’installent durablement.
Cette situation reste dangereuse. Elle nie la souffrance des salariés, affaiblit la portée des décisions de justice et installe l’idée qu’une grande entreprise pourrait échapper au droit commun. Or la réalité demeure simple : la loi protège tout le monde ou elle ne protège plus personne.
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