SMR : Naarea au bord de la liquidation, symptôme d’un nucléaire sous perfusion

SMR : Naarea au bord de la liquidation, symptôme d’un nucléaire sous perfusion politique

La start-up française Naarea, longtemps présentée comme un pilier du nucléaire innovant, se dirige aujourd’hui vers une liquidation judiciaire quasi certaine. Le retrait soudain de son unique repreneur, le groupe Eneris, annoncé à la veille d’une audience décisive, marque un coup d’arrêt brutal pour ce projet emblématique des mini-réacteurs nucléaires (SMR/AMR).

Au-delà du destin d’une seule entreprise, cet épisode révèle des fragilités structurelles profondes. La filière nucléaire dite innovante repose encore largement sur des annonces politiques, des subventions publiques et des choix technologiques à haut risque. Cette dépendance interroge la cohérence de la stratégie industrielle française.


Un projet vitrine du plan France 2030 en grande difficulté

Créée en 2020, Naarea visait le développement d’un réacteur nucléaire de quatrième génération à sels fondus et neutrons rapides. L’entreprise promettait une meilleure valorisation des combustibles usés. Ce concept a souvent nourri les discours sur la souveraineté énergétique et la décarbonation.

Cependant, la réalité économique apparaît bien plus fragile. Depuis le 3 septembre, Naarea se trouve en redressement judiciaire. La société cumule environ 15 millions d’euros de dettes, malgré 90 millions d’euros levés depuis sa création. Parmi ces fonds, 10 millions proviennent de financements publics, via le plan France 2030.

Ainsi, un décalage important s’installe entre communication, financement et maturité industrielle. Comment expliquer une telle consommation de capitaux sans franchir le cap critique de l’industrialisation ? Cette question reste entière et concerne l’ensemble de la filière.


Le retrait d’Eneris : un abandon brutal et opaque

L’unique espoir de continuité reposait sur une offre de reprise du groupe Eneris, actif en Pologne et au Luxembourg. Cette offre, examinée par les services de l’État, prévoyait plusieurs engagements clairs :

  • un financement immédiat de 5,5 millions d’euros ;

  • un budget prévisionnel de 21 millions d’euros pour 2026 ;

  • la reprise d’environ 65 % des effectifs, soit plus de 100 salariés.

Pourtant, à quelques heures de l’audience du tribunal de Nanterre, Eneris a retiré son offre. L’annonce s’est faite par courrier, sans explication publique détaillée. Ce silence nourrit de nombreuses interrogations.

D’une part, des doutes existent sur la faisabilité technique du projet. D’autre part, les risques financiers semblent élevés. Enfin, l’absence de garanties supplémentaires de l’État a pu peser lourd dans la décision finale.


Une filière SMR fragilisée par le manque de capitaux et de clarté

Le cas Naarea ne constitue pas une exception. Il met en évidence la fragilité de la filière SMR/AMR française, encore très dépendante des fonds publics. À ce stade, les investisseurs privés restent prudents.

Ces technologies, souvent présentées comme une solution rapide pour produire une énergie décarbonée, font face à plusieurs obstacles majeurs. Elles cumulent des verrous technologiques, des délais industriels longs et des besoins financiers massifs sur plusieurs décennies.

Naarea attendait, comme d’autres acteurs, un signal fort de l’État. Or, ce signal n’a jamais dépassé le stade des annonces. Par ailleurs, d’autres entreprises du secteur, comme Newcleo, rencontreraient également des tensions de trésorerie. Le problème apparaît donc structurel, et non conjoncturel.

Pour approfondir cette analyse, vous pouvez consulter notre dossier dédié sur la stratégie nucléaire française.


Un avertissement pour la politique nucléaire française

La situation de Naarea soulève une question centrale :
la France peut-elle multiplier les start-up nucléaires sans stratégie industrielle cohérente et financée sur le long terme ?

En dispersant les moyens publics, en promettant des ruptures technologiques sans calendrier réaliste, et en masquant les difficultés réelles, les risques deviennent évidents. Ils concernent l’emploi, avec des postes hautement qualifiés menacés. Ils touchent aussi l’industrie, par une perte de crédibilité internationale. Enfin, ils interrogent la démocratie, lorsque l’argent public s’engage sans transparence suffisante.


Position d’ELEKTRON-VERT

Pour ELEKTRON-VERT, le cas Naarea illustre une nécessité claire. La France doit ouvrir un débat public honnêtesur ses choix énergétiques. Elle doit aussi garantir une évaluation indépendante des projets nucléaires dits innovants. Enfin, une responsabilité politique pleine et entière doit encadrer l’usage des fonds publics.

Le nucléaire ne peut pas devenir une fuite en avant technologique soutenue uniquement par la communication. Les réalités industrielles, humaines et financières doivent rester au cœur des décisions.


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