Navires à propulsion nucléaire : une technologie clé pour décarboner ?

Navires à propulsion nucléaire : une technologie clé pour décarboner le transport maritime ?

Des ministres britanniques sont appelés à soutenir le développement de navires civils à propulsion nucléaire. Cette technologie pourrait transformer en profondeur le transport maritime mondial. Elle permettrait notamment de réduire de moitié les temps de traversée océanique et d’offrir de nouvelles solutions énergétiques mobiles.

Le Royaume-Uni poussé à jouer un rôle moteur

L’entreprise britannique Core Power, spécialisée dans les réacteurs nucléaires marins, exhorte le gouvernement à prendre la tête des discussions internationales. Selon elle, un leadership politique est indispensable pour encadrer le déploiement sécurisé de ces navires innovants.

Dans ce contexte, les États membres de l’Organisation maritime internationale (OMI) se réunissent ce mois-ci à Londres. Leur objectif consiste à poser les bases de nouvelles normes internationales. Ces règles devront encadrer la conception, l’exploitation et la sûreté des navires à propulsion nucléaire.

Cependant, sans cadre réglementaire harmonisé, le secteur reste bloqué. Aujourd’hui, aucune assurance ne couvre ce type de navires. Cette situation empêche toute exploitation commerciale à grande échelle.

Une rupture technologique pour le transport maritime

Les navires à propulsion nucléaire présentent plusieurs avantages majeurs. D’abord, ils peuvent naviguer à des vitesses bien supérieures à celles des cargos classiques. Ensuite, ils n’émettent aucun CO₂ pendant leur exploitation. Enfin, ils ne nécessitent aucun ravitaillement en carburant fossile.

Grâce à ces caractéristiques, cette technologie apparaît comme une réponse crédible aux objectifs climatiques du secteur maritime.

Par ailleurs, ces navires pourraient réduire la dépendance aux ports de ravitaillement. Cela renforcerait la fluidité du commerce mondial, tout en diminuant les coûts logistiques à long terme.

Des centrales nucléaires flottantes pour l’énergie côtière

Au-delà du transport de marchandises, Core Power met en avant un autre usage stratégique. Des barges équipées de réacteurs nucléaires pourraient servir de centrales électriques mobiles. Elles alimenteraient des ports, des zones industrielles ou des infrastructures isolées.

Cette solution offrirait une réponse rapide aux besoins énergétiques locaux. Elle pourrait aussi renforcer la résilience des réseaux électriques, notamment en cas de crise ou de catastrophe naturelle.

Une étude récente commandée par le gouvernement britannique confirme ce potentiel. Elle souligne que les réacteurs nucléaires flottants peuvent contribuer à la transition énergétique tout en sécurisant l’approvisionnement.

Des défis réglementaires et environnementaux majeurs

Malgré ces promesses, les obstacles restent nombreux. L’étude gouvernementale met en lumière des défis complexes liés à la réglementation, à la responsabilité juridique et à la gouvernance internationale.

Les organisations environnementales expriment également leurs inquiétudes. Elles redoutent les conséquences d’un accident nucléaire en mer. Selon elles, les impacts écologiques pourraient être graves et durables.

Face à ces critiques, Core Power insiste sur les progrès réalisés en matière de sûreté. Les nouveaux réacteurs seraient conçus pour résister à des scénarios extrêmes. Ils intégreraient des systèmes de sécurité passifs, sans intervention humaine.

Un intérêt croissant des acteurs du transport

Malgré les débats, l’intérêt du secteur privé progresse. Mikal Bøe, directeur général de Core Power, observe une demande croissante de la part des compagnies maritimes. Celles-ci subissent une pression accrue pour réduire leur empreinte carbone.

De plus, les réglementations environnementales deviennent plus strictes. Dans ce contexte, la propulsion nucléaire apparaît comme une option crédible à long terme.

Ainsi, le succès de cette technologie dépendra largement des décisions politiques prises dans les prochains mois. Sans cadre international clair, son déploiement restera limité. Avec des règles adaptées, elle pourrait redéfinir l’avenir du transport maritime mondial.

Conclusion – Position d’ELEKTRON-VERT

Pour ELEKTRON-VERT, la propulsion nucléaire appliquée au transport maritime ne constitue pas une solution crédible ni responsable face aux enjeux climatiques et sociaux actuels. Certes, l’argument de la décarbonation est mis en avant. Toutefois, il occulte des risques majeurs, durables et irréversibles.

Le nucléaire embarqué introduit des dangers considérables en matière de sûreté, de sécurité et de gestion des déchets. Un accident en mer aurait des conséquences environnementales catastrophiques, sans possibilité réelle de maîtrise ou de réparation. À cela s’ajoutent des zones d’ombre persistantes sur les responsabilités juridiques, l’assurabilité des navires et la protection des populations côtières.

Par ailleurs, cette technologie prolonge une logique centralisée, coûteuse et dépendante d’un secteur industriel déjà fortement contesté. Elle détourne l’attention et les financements de solutions réellement soutenables, telles que la sobriété logistique, l’optimisation des flux, la relocalisation des productions et le développement de modes de propulsion basés sur les énergies renouvelables.

En définitive, le nucléaire maritime ne répond pas aux causes profondes de la crise écologique. Il en déplace les risques, sans remettre en question un modèle de transport mondialisé excessif. ELEKTRON-VERT appelle donc à refuser cette fuite en avant technologique et à engager une transition maritime fondée sur la réduction des volumes, la justice environnementale et des solutions réellement compatibles avec le vivant.


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