
Tempête Goretti : l’arrêt de l’EPR de Flamanville révèle les limites du nucléaire en bord de mer
La tempête Goretti a frappé l’ouest de la France avec des vents violents et des dégâts étendus.
Dans ce contexte, EDF a mis à l’arrêt l’EPR de Flamanville.
Cette décision, présentée comme préventive, interroge néanmoins le modèle des centrales nucléaires côtières.
Alors que les événements climatiques extrêmes se multiplient, cet épisode soulève une question centrale :
les centrales nucléaires en bord de mer restent-elles adaptées au climat de demain ?
Un arrêt préventif, mais révélateur
Le 9 janvier 2026, EDF a réduit puis interrompu la production de l’EPR de Flamanville.
L’exploitant a appliqué des procédures prévues face à des conditions météorologiques sévères.
Le réacteur s’est déconnecté du réseau pour fonctionner en îlotage.
Par ailleurs, plusieurs unités du site se trouvaient déjà à l’arrêt pour maintenance.
Dans le même temps, la tempête a provoqué d’importantes coupures d’électricité dans l’ouest du pays.
Sur le plan de la sûreté, aucun incident nucléaire n’a été signalé.
Cependant, cet arrêt illustre une contrainte de plus en plus fréquente.
Les centrales doivent désormais composer avec des conditions climatiques dégradées.
Autrement dit, la question ne porte plus uniquement sur la sécurité.
Elle concerne aussi la disponibilité réelle du parc nucléaire en période critique.
Le littoral : un choix technique devenu vulnérable
Historiquement, le littoral offre un accès direct à l’eau de refroidissement.
Ce facteur a longtemps justifié l’implantation des centrales nucléaires en bord de mer.
Cependant, le changement climatique modifie profondément cette équation.
L’élévation du niveau de la mer accroît les risques de submersion marine.
Les tempêtes génèrent désormais des phénomènes combinés plus intenses.
En conséquence, les installations côtières subissent une pression croissante.
Les systèmes de pompage, les digues et les accès logistiques deviennent plus exposés.
Les autorités de sûreté reconnaissent d’ailleurs ce risque structurel.
Elles imposent des renforcements face aux agressions naturelles extrêmes.
Ainsi, même sans accident, la centrale peut perdre en efficacité.
Chaque arrêt préventif réduit la production au moment où la demande augmente.
Des événements extrêmes appelés à se répéter
La tempête Goretti ne constitue pas un cas isolé.
Au contraire, elle s’inscrit dans une tendance climatique de fond.
Les projections scientifiques montrent une hausse des tempêtes intenses.
Les épisodes de surcote et de fortes précipitations deviennent plus fréquents.
Dans ce contexte, les exploitants devront multiplier les arrêts de précaution.
Ce fonctionnement dégradé pourrait devenir la norme plutôt que l’exception.
Par conséquent, la fiabilité du nucléaire centralisé se fragilise.
Le système électrique dépend alors d’installations indisponibles au mauvais moment.
Ce paradoxe pose un problème stratégique majeur.
Une technologie dite pilotable perd son avantage lors des crises climatiques.
Vers une remise en question du modèle côtier
Face à ces limites, plusieurs pistes émergent clairement.
D’abord, le parc existant nécessite des renforcements coûteux.
Ensuite, les nouveaux projets doivent intégrer des marges climatiques accrues.
Toutefois, ces adaptations ont un prix élevé et des limites physiques.
Certaines implantations risquent de devenir des actifs fragilisés avant leur fin de vie.
Enfin, le débat dépasse le seul nucléaire.
Il interroge l’organisation globale du système énergétique.
Un mix plus décentralisé améliore la résilience.
Les énergies renouvelables locales, le stockage et la sobriété jouent un rôle clé.
Conclusion : Goretti, un signal faible devenu message fort
La tempête Goretti n’a pas mis en danger l’EPR de Flamanville.
En revanche, elle a mis en lumière une fragilité structurelle.
Construire des centrales nucléaires en bord de mer repose sur un climat stable.
Or, ce climat n’existe plus.
Désormais, chaque événement extrême teste les limites du modèle.
À terme, la question n’est plus technique, mais stratégique.
Le nucléaire côtier peut-il encore répondre aux défis du XXIᵉ siècle ?
ELEKTRON-VERT continuera d’analyser ces signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises majeures
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